Langtang

La vallée du Langtang: plus tout à fait la même, pas tout à fait une autre !

Nicole Brenu



J’ai découvert le Népal en 1987. En novembre dernier, c’est la troisième fois que je parcours la vallée du Langtang depuis 16 ans, la première depuis le tremblement de terre d’avril 2015.
Ma filleule, Sangmo m’accompagne: Elle non plus n’est plus retournée sur les lieux où ont disparu 11 membres de sa famille.

Je ne reconnais plus le hameau de «Bamboo». Auparavant, Il était dans un banc de gravier au bord du torrent. Il m’apparaît plus accueillant avec ses terrasses-restaurant qui surplombent les cascades. Plus loin, toute une forêt est couchée sur le versant opposé. Tous les arbres sont alignés horizontalement: Cela résulte du tremblement de terre, et non d’une avalanche.

Passé l’étage de la forêt, le Langtang nous apparaît. La silhouette de la montagne a changé ! L’avalanche due aux mouvements de la terre a «libéré» le Langtang. Il apparaît dans toute sa splendeur, avec, à ses pieds l’énorme coulée de pierres qu’il a propulsées.

Un sentier traverse cette immense cimetière minéral. Sous nos pieds, l’ancien village du Langtang et ses habitants ensevelis. Çà et là, sur les rochers, des petits drapeaux à prières indiquent l’emplacement des maisons...dont celles de la famille de Sangmo. Les quelques randonneurs et porteurs marchent en silence. Sangmo pleure...L’émotion est forte. Pas besoin de mots…

Langtang GuesthouseLangtang Memorial



Le village de Langtang se reconstruit au-delà de la coulée d’avalanche. Là, les maisons seront plus en sécurité ! Mais , quelle vue sur ce qui fut la catastrophe ! Impossible de ne pas y penser. Un mémorial sur lequel sont inscrits le nom de toutes les personnes disparues borde ce sinistre lieu. Un jeune liégeois François URBANY figure sur la liste...
Autour du monument entouré de drapeaux à prières, des yaks paissent tranquillement.

Sangmo et moi continuons encore un quart d’heure. Une petite bute, puis la vue sur le Langtang disparaît...et apparaît un autre paysage, un autre village: Mundu. Là, on se sent revivre, on tourne la page ! Le vieux village de pierres surplombe le chemin, au milieu duquel des «murs de mani» sont érigés. Au loin, des montagnes enneigées… Nous nous arrêtons à l’«Everest guest-house», tenu par les parents et la sœur de Sangmo. Malgré la tragédie qu’ils ont vécue, malgré le vide laissé par la perte de leurs enfants et petits enfants disparus, c’est avec chaleur que nous sommes accueillis. Les larmes font vite place aux rires et à la bonne humeur. Ils ont perdu leurs proches, et avec eux leurs moyens de subsistance. Mais, malgré la douleur, l’énergie revient ! Ils ont survécu aux rigueurs de l’hiver sous des tentes. Maintenant que l’infrastructure est là, l’optimisme aussi. Ils se tournent vers l’avenir...Ils attendent avec impatience le retour des touristes…

J’ai connu les lodges moins confortables que celui-ci...Les chambres sont lumineuses, les toilettes modernes, la salle à manger bien agencée autour d’un poêle à bois. Et, quel plaisir de boire un verre dans la cour ensoleillée avec une superbe vue et des sourires autour de nous…
A présent, de grandes «green-houses» (serres) procurent même des légumes aux habitants des villages de Langtang, Mundu et Kyanging Gompa. Grâce à cela les menus proposés aux touristes sont délicieux et variés. Je profite de ma présence pour demander à entrer dans certaines maisons de mon choix et vérifier la présence de batteries de cuisine offertes par BIKAS et par les actions de l’association «Sangmo».

Le lendemain, nous prenons un chemin d’ en face, pour traverser le pont suspendu et rendre visite aux «yacks-farmers». Sangmo me rappelle qu’il y a 11 ans, je m’étais faite charger par un yack. J’ai tiré la leçon de mon imprudence et à présent, je garde mes distances …
Après une bonne nuit, notre curiosité nous pousse jusque Kyanging Gompa. Chemin faisant, nous faisons une pose dans un «thé shop». Pas besoin d’emporter un casse croûte, on nous y cuisine un excellent repas. Le trajet entre Mundu et Kyanging Gompa est facile et très agréable! Mur de Mani, moulin à prières qui tournent dans le ruisseau, montagnes et quel paysage!
Après une petite butte, découverte de Kyanging Gompa : Quelle déception! Sangmo et moi sommes du même avis: affreux ! Des constructions plutôt incongrues, avec des toits verts ou bleus ! Un station de sports d’hiver alpins façon Himalaya ? Mais Kyanging Gompa est le point de départ incontournable d’ ascensions telles que le Tserko ri ou le Langshisha.

Nous nous dépêchons de passer outre pour nous diriger vers la vallée du Langshisha. Nous nous accordons un moment de pose avant de retourner à Mundu pour nous en mettre plein la vue sur le Tsergo ri et les autres sommets environnants, instant magique où le temps a suspendu son cours…. Je me souviens du frère de Sangmo, Dawa, à qui notre associations de parrains a permis de devenir guide de montagne; de sa sœur qui élevait des yacks avec son mari; de l’oncle Tenzing qui nous a beaucoup épaulé dans les parrainages. J’ai des visages de petits cousins enfouis dans ma mémoire….

Mais j’ai surtout un sentiment de force qui m’envahit quand je pense aux vivants que le positif pousse vers l’avenir.
Le Langtang revit !

Nicole Brenu

Vous pouvez soutenir Nicole et son projet en faisant un don
sur le compte de BIKAS BE 32 2200 7878 0002 marqué "Projet Sangmo" .

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